Ressources sur les menstruations

  Ce sujet concerne toutes les personnes possédant un utérus, donc pas seulement des femmes, les personnes trans ou intersexes étant aussi concernées. Comme cela représente une temporalité non négligeable dans une vie, voici quelques ressources:

the-end-of-period-shame

-Sur l’histoire des règles: Ceci est mon sang  : Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font d’Élise Thiébaut, sorti en janvier 2017 aux éditions La Découverte.

-Le blog de Passion menstrues  uniquement consacré à ce tabou, tenu par Jack Parker, et qui est une mine d’informations, il  aura son répondant papier dans un livre : Le Grand Mystère des Règles, qui paraîtra le 17 mai prochain.

-Une vidéo de Laci Green, sous-titrée en Français, qui nous invite à vaincre le dégoût des règles.

-Un article important sur les règles vécues par des personnes trans.

-Un site d’information sur l’endométriose, une maladie très lourde qui touche une femme sur dix dans le monde. Un tumblr de la communauté endo.

-Une vidéo artistique sur la découverte des règles à la puberté.

-Un petit rappel sur les « règles « sous pilule qui sont des « hémorragies de privation » et pas de vraies règles. Et pour les personnes qui veulent suivre leur cycle, il y a l’application « Clue » sur Android ou IPhone.

-Cette super émifion de Madmoizelle sur les règles.

148018bf1c2f850afa3f42372dfb7aa5

Livre d’art fait avec du sang menstruel.

 Les protections hygiéniques sont un vrai budget, on se souvient du scandale sur la taxe tampon, certaines personnes ont remis au goût du jour des protections lavables, et la coupe menstruelle. On conseille d’éviter les protections qui n’auraient pas une garantie de non-toxicité, en effet, le chlore et même du round-up ont été trouvés jusque dans nos culottes et boxers:

-De serviettes non toxiques, jolies et réutilisables pendant des années une alternative aux serviettes jetables, pas très écologiques.

-Un test pour savoir quelle coupe menstruelle te convient le mieux.

-Une vidéo d’Hannah Witton qui dédramatise l’essai de la coupe menstruelle pour la première fois.

-La méthode du flux instinctif libre, expliquée ici, par plusieurs personnes .

  Enfin, pour beaucoup cette période n’est pas toujours facile et a son lot de douleurs, voici quelques solutions. Cependant en cas de douleurs que vous jugez importantes, consultez un médecin, cela peut être dû à des déséquilibres hormonaux, à des ovaires polykystiques, ou lié à l’endométriose.

accupression règles

-Un massage des points d’accu-pression, ci-dessus.

-Une recette pour les seins douloureux et gonflés, en application locale.

-Pour les douleurs menstruelles : des feuilles de sauges infusées pendant dix minutes, en préventif, quinze jours avant ou pendant le cycle. Celle-ci a des vertus antispasmodiques.

De l’achillée millefeuille, en teinture, 30 gouttes environ 1 à 3 fois par jour : fait circuler le sang et soulage la région pelvienne.

-Évidemment une bouillotte sur le bas ventre, ou bien un chat consentant, ou encore un bain chaud avec quelques gouttes d’huile essentielle de sauge.

-Un orgasme, ou plusieurs.

-L’alimentation qu’on veut souvent réconfortante pendant cette période, or il semblerait que les aliments trop gras et sucrés favorisent l’inflammation et les ballonements.  Aussi, compensez avec ces aliments-amis : huiles de colza, de noix, de noisette et des huiles de lin et de chanvre, ou noix et noisettes et amandes entières. De la banane pour le potassium et  le magnésium. Des légumineuses pour le fer, et de la vitamine C pour fixer le fer avec : le poivron rouge, le citron, les fruits rouges, la papaye, le chou de Bruxelles.

-Des exercices doux comme du yoga, des étirements, ou de la danse orientale.

-De la musique :  une playlist menstrueuse par Deuxième Page . Ou encore ce clip  hilarant sur le fait d’assumer ses règles.

 

 

 

Compte-rendu de lecture : Façons de dire, façons de faire d’Yvonne Verdier

  Monographie datant de 1979 sur la culture féminine en Bourgogne dans le village du Minot, Façons de dire, façons de faire : la laveuse, la couturière, la cuisinière, est le fruit d’une étude collective faite par quatre femmes, sur huit ans, et dont Yvonne Verdier nous présente un pan dans ce livre-ci. Un mot sur l’autrice : ethnologue et sociologue, morte en 1989, dont le regard personnel et le ton original ont contribué au succès immédiat de son ouvrage.

  C’est un espace où résonnent des voix déjà disparues au moment de l’étude, l’autrice fait ici un travail de mémoire de l’histoire des femmes. C’est cette façon de dire le faire qui est la matrice de l’ouvrage. La temporalité périodique du corps féminin s’incarne alors dans trois figures qui ont leurs correspondances symboliques et leur âge : la puberté de la jeune fille réglée, la couturière, le désir ; la femme mariée, la cuisinière, la fécondité ; la vieille femme ménopausée, la laveuse, guide des morts et des nouveaux-nés.

  Si l’analyse pâtit quelque fois de certaines faiblesses analogiques peu soutenues par une démonstration rigoureuse, l’ouvrage n’en demeure pas moins une mine de savoirs. C’est un monument mémoriel qui est là pour témoigner d’une culture féminine perdue.

9782070282463

Je vous livre ici, mon résumé, assez exhaustif :

I.Physiologie

1. L’interdit du saloir

  Saloir, lieu d’homme car les menstrues « putréfient le lard ». Fertilité féminine liée au sel, les menstrues sont trop fortes pour le saloir. Expression « avoir le cul en meurette » ( sauce vineuse, violacée, d’œufs meurette). Le cochon, centre d’un réseau de voisinage, appelé « Monsieur », choyé et nourri par les femmes. Mais ce sont certains hommes qui le tuent : prétexte pour le tuer : méchanceté, âge. Les femmes le cuisinent.

⇒ Inversion des symboles sexuels : au saloir , la « mère » matrice, affaire des hommes/ en cuisine, les boudins, phalliques, et rituel social des blagues « cochonnes ».

2. Indisposées

  Orage et menstrues : pouvoir putréfiant. Vulnérabilité à l’eau froide, ennemie du feu, pendant les menstrues, la lessive est impossible. Mais, les femmes, reconnaissent que cet effet varie d’une personne à une autre. Hypothèse de l’haleine, comme origine de ce pouvoir. Et certains hommes chauds ne peuvent aller au saloir, donc des femmes froides y vont. La jeunesse et force de séduction augmentent la force d’infection.

3. Rousses

  Femmes baromètres, les météorologues utilisent que des cheveux roux pour l’hygrométrie. Rousses, faites de sang, ardeur sexuelle.

4. Enceintes

  Femmes pouvant tout, mais si les envies ne sont pas comblées, les enfants naissent avec des taches de naissance, velues : animalité.

5. Regards

  Cf. Lévi-Strauss. Les femmes : le cuit, le bouilli, le pourri/ Les hommes : le cru, le salé, si cuisinent, appelés « fanoches ». Pas de transmission des savoirs de la cuisine, du sexe ou des règles des mères aux filles.

6. Lune rousse et filles de mai

  Lune, avatar féminin. Pas de mariage en mai, mois de la Vierge. Pendant les « mais », les garçons mettent devant les portes des filles un charme si la fille leur plaît, aux vieilles filles : lilas (reste là), aux filles vilaines : chardon, filles légères : fumier. Les filles sont tenues d’arroser les plantes données.

Cultiver avec la lune : Lune montante : les plantations de fleurs, luzerne/ descendante : légumes racines. Lune de mars pas favorable, lune d’août oui, lune rousse de fin avril/1er mai : stérilité.

II. La femme qui aide

1. « Faire les bébés »

  1767 : formation de femmes dans toute la France par Mme Le Boursier de Coudray. Règle de l’égalité de traitement, théorique, entre femmes pauvres et riches. Contrôle des bonnes mœurs, sous l’Ancien-Régime avec l’Église et après avec l’État : l’autorité intermédiaire étant le médecin, et donc un homme. Celui-ci participe rarement aux accouchements : trop cher, trop loin pour se déplacer.

  Avant 1960, et la migration vers les maternités, on va « faire ses couches chez sa mère ». La femme qui aide : prépare le lit (alèse, papier journal, 4 draps à changer les jours suivants), soutient la femme, exhorte au cri, masser le ventre, saisir la tête de l’enfant, couper le cordon, soin au nourrisson. Elle peut ondoyer et baptiser le mort-né. On la paie en nature. Le médecin a le monopole des outils comme les forceps. Public de femmes lors de l’accouchement alors que bain, charge de l’homme, qui va aussi enterrer le « délivre », c’est-à-dire, le placenta.

2. « Faire les morts »

  Toilette du mort, faire le lit, dissimuler le visage avec un mouchoir, chapelet et bris de buis, fermer les ouvertures, couvrir les miroirs, arrête les horloges, allume le « cierge de famille », allumé pour tous les morts de la famille. L’eau qui a servi à la toilette du mort est évacuée de la maison.

3. La grande lessive

  « La bui » au printemps et en automne. Partie faite dans chaque foyer : dans le cuvier, linge trempé, taches enlevées, puis « couler la lessive ». Partie collective : celle du battoir, « tapou » et le rinçage.

  On parfume le linge avec des oignons d’iris, de l’herbe cabaret (Asarum europaeum ). La saponaire pour les lainages, les feuilles de lierre pour le velours. Un trousseau peut équivaloir à deux vaches et une génisse, valeur conséquente donc.Évolution du tissu avec le chanvre, le fil de coton jusqu’aux draps industriels.

  1910 : apparition de la lessiveuse ; Dans les années 60, la lessive et la machine à laver mettent fin aux rituels.

4. Lavoirs et fontaines

  Places attitrées autour du lavoir, chaque femme apporte son battoir, son bouillon de « lessu » (eau, cendre, lessive). Lavoir, grande chambre d’échos, dans laquelle on lit la vie du village à travers le linge. Lavoir : lieu de sociabilité féminine/ café : celui des hommes.

  « Couler », interdits et croyances liés, lessive psychopompe : -calendaires : fêtes où circulent les morts. Cf. Coutumes funéraires, anciennement : seau d’eau couvert pour pas que mort se noie, ou un seau d’eau pour qu’il lave son âme. On ne mêle pas le linge du mort avec celui des vivants. Autrefois le deuil se portait en rouge et bleu, pas en noir. En Bretagne les trois jours de lessive correspondent au purgatoire, enfers et paradis.

 « Gaisser » : offrande à une fontaine d’une brioche pour nourrir la vouivre, à la Chandeleur. Coutume de la « vieille », gardant les abords du village et donc une fontaine, une sorcière donc depuis le XIIIème siècle. Nom d’un personnage local au Minot : la « mère Lusine », comparée à la « sarpen » (serpent) : lien évident avec Mélusine.

5. Les deux mères

  Appellation pour les femmes ménopausées, acceptation de leur libre circulation (par opposition aux « traînées », celles qui traînent). Qualités requises : ubiquité et adresse. Au village, l’une est hygiéniste, l’autre plutôt sorcière, extérieure au village et à la réputation de prostituée.

III. La couturière

CLK339913

La Leçon de Tricot, J.-F. Millet, 1869. Huile sur toile citée par Yvonne Verdier dans Façons de dire, façons de faire, Gallimard, 1979.

  Les filles de 15 ans passent un hiver chez elle pour faire leur éducation. Les « gächennots » et « gächenottes » : enfants qui vont au champs et à l’école. Les enfants et les vieux gardent les bêtes aux champs, occasion d’une transmission intergénérationnelle. L’hiver est passé à l’école, l’été aux champs : école du pays (botanique, zoologie, toponymie, structure foncière,etc.).

1. La leçon de tricot

  Pendant que les garçons capturent vipères et ont merles et geais comme compagnons, ont un couteau à 7 ans et un sifflet en bois de sureau, les filles sont moins libres, ouvrage qui occupent les mains et enseigne le maintien en veillant aux « dommages » des bêtes.

2. La « marquette »

  En 1940, couture essentielle pour les femmes (héritage des discours de Rousseau et Fénelon sur l’éducation des filles).

  La « pièce » : présente tous les travaux de coutures à savoir (points, ourlets, surjets, etc.). La « marquette » : canevas où est brodé l’alphabet, chiffres de 1 à 9, signé par l’écolière, ajouts de fleurs, d’animaux et d’éléments pieux.

  Après la 1ère communion : les femmes sont « mises à leur trousseau », elles « marquent » en rouge le linge avec des lettres ; la broderie est réservée aux femmes aisées car cela prend du temps. Marquer son linge c’est marquer son individualité, transmettre et garder son nom de jeune fille.

3. Voyage d’hiver

  Temps de sortie pour la jeune fille du confinement à la ferme et au village. Écoles ménagères mais sans apprentissage direct de la couture, réservé aux vraies apprenties. Initiation à l’univers féminin et aux amitiés. La couturière « fait la femme », ne s’occupe pas de la mise des hommes.

4. Changement de conditions

  « Faire la jeune fille », dont la patronne est Sainte Catherine, pour les garçons c’est Saint Nicolas.

 Ces activités collectives sont prohibées après le mariage, les femmes sont chaperonnées pendant leurs sorties, leur espace et leur temps sont restreints, contrairement aux garçons. Les filles qui ne sortent pas du tout ou pas dans les règles sont mal vues. Apprentissage pour devenir charmante (cf. la branche de charme des « mais »).

5. Lingères légères

 Dites coureuses, malheureuses en amour, se vérifie dans les registres : dynasties de femmes, dans hommes. Journalières et « fenestrières » (travaillent à la fenêtre), travaillent « au propre », pièce chauffée, bien « mises » mais mal payées. Exaspération de la question sociale : manières bourgeoises mais salaire de misère, mobilité géographique mais pas sociale, et viols par les patrons.

6. Les outils de la couturière

  Fils, aiguilles, épingles et ciseaux. Croyance : si la couturière met un très long cheveu lui appartenant dans l’ourlet de la robe de mariée, elle trouvera vite mari.

7. Les épingles

  On utilisait avant des épines, notamment en Bretagne. Liées à la magie amoureuse, la divination aux fontaines. Aspect défensif de la treizième épingle contre les hommes trop entreprenants. C’est la pièce essentielle de la toilette, qui retient les cheveux qui doivent être cachés après la 1ère communion.

  Recette trouvée chez R. Westhphalen, en 1934 : femme qui mêle du sang menstruel à du vin, de la poudre tirée de trois poils de pubis et de trois poils du creux axillaire gauche.

8. Le fil et l’aiguille

  Image évidente du « chas » folklore sexuel. Magie négative du fil : « nouerie de l’aiguillette », au mariage nœud spécial conférant l’impuissance au mari.

9. « Faire la mariée »

  Avant on se mariait en noir, avec un châle, revêtue ensuite pour les grandes occasions. Coiffure avec beaucoup d’épingles, le voile date seulement du XXe siècle. Livrée de la noce : blason de la mariée, rubans épinglés aux parents et amis. En Normandie, la couturière porte ses insignes : une paire de grands ciseaux suspendus à la ceinture de sa robe, avec un cordon et au bout un cœur en acier.

  Rôle de la couturière : distribue les épingles, en charge du trousseau, en chante l’inventaire, dispose la chambre nuptiale, déshabille la mariée, mais c’est l’homme qui retire la dernière épingle qui dénoue les cheveux.

  Civilisation de l’habit , le linge marque les grands événements : emmaillotage du nouveau né, linceul du mort, marquette de la fille pubère et livrée de la mariée.

  En Bretagne, le métier est masculin, mais le tailleur est marqué par l’infamie, souvent décrit comme roux, bigleux et bossu, se rapproche du monde des femmes.

IV. La cuisinière

Associée à la femme qui aide, statut de mère, disponibilité que n’a pas la couturière.

1. La bûcheronne

  « Bricolière » habituée au royaume des fleurs, des bêtes et des pierres. Vie nomade, enfance dans les bois, chasse et cueillette de petits fruits : économie forestière. Réputation de chapardeuse, de vie facile, d’argent gagné vite ou volé. Image de débrouillardise et d’ubiquité.

  La cuisinière a une aide qui l’accompagne. Calendrier : au bois de novembre à avril, puis repas de noces en avril, communions en mai, juin passé aux foins et septembre retour des noces. La cuisinière doit maîtriser la sociabilité des deux côtés de la noce, équilibre des mets, elle « fait la coutume » et anime le repas.

  Changement des repas de noces, avant l’ordinaire étant fait de potée et de peu de viande, il était facile de se distinguer. Coût plus important pour les ouvriers, les cultivateurs ont des réserves au congélateur, ce qui est mal vu. Coutume perdue qui est de « porter à la noce » : invités ou pas l’on apporte de la nourriture, ce qui sera suivi de réciprocité. Cuisine verbale où il faut rivaliser de mots pour le menu afin de se distinguer : « salade pluie d’or ». Influence de la cuisine italienne et espagnole, ouverture aux culture de l’immigration.

  Rituels : jarretière, pièce montée que le mari doit « abattre » comme présage d’être maître de son ménage, puis le « colis », figurant les enfants, puis pot de chambre des mariés : récemment breuvage coprophagique (banane, chocolat et mousseux). Apporter boisson et nourriture au lit des mariés, pratique nuptiale datant du Moyen-Age, mets relevés et épicés pour fortifier le couple afin de concevoir, surtout la mariée. Au XVIIe siècle, à l’Église, le prêtre donnait du pain et du vin aux mariés.

  Dans le lyonnais, obstacles avant d’entrer dans la maison : soupe imbuvable, balais mis en travers, la femme doit balayer, parfois bercer un berceau, casser de la vaisselle (autant de fragments, autant d’enfants), casser le pot signifie stérilité de la mère lorsque son dernier enfant se marie. Il faut brûler le balai de la mère sur un bûcher pour la dernière fille mariée.

⇒ La cuisinière transmet le pouvoir génésique de la mère à la fille.

  La jeune mariée doit faire des gâteaux à l’effigie d’enfants. Concurrence entre la belle-mère et l’épouse sous le même toit, le lien nourricier est rompu au premier enfant de la bru. On dit l’amour stérile quand l’appétit est frugal (amour et eau fraîche).

V. Tout faire

  L’homme qui se risque aux activités féminines est déchu de sa masculinité, « fanoche », mais la femme elle doit tout savoir faire. Une coutume consiste d’ailleurs à donner à la mariée les attributs du métier de son époux.

  Croyance en l’autonomie de la femme pour concevoir au XVIIe siècle, d’un souffle ou d’un regard. Le revers de cela est l’accusation de sorcellerie : les jeunes par leur séduction qui trouble les alliances légitimes, les vieilles par leur sang rentré aux funestes secrets et infanticides. Plus tard ce même savoir est arraché aux femmes par le pouvoir de l’Église, de l’État et des médecins. Il faut alors encadrer ces pouvoirs : les menstrues et le désir seront encadrées par la couture, le mariage et la fécondité par la cuisine, la vieille qui guide morts et nouveaux nés, ménopausée, par la lessive.

  On empêche les femmes de se réunir, contrairement aux hommes toujours en bande : fin des veillées nocturnes, les « écraignent », par une interdiction des évêques au XVIIIe siècle.Avant les femmes accompagnaient les hommes aux champs, peu de temps consacré au ménage et à la cuisine, mais depuis les années 60, les femmes reviennent à la maison.

  Culture populaire perdue, et si les femmes ne sont certes plus assujetties aux astres de nouvelles oppressions sont apparues. Honorons donc la diversité des êtres et la grâce de leurs gestes : doigts brodeurs des jeunes filles, mains pâtissières des mères, manches retroussées des vieilles.serveimage

Le bouquet de marguerites de Jean-François Millet, peintre français connu pour ses représentations de la classe paysanne, on peut aller voir l’Angélus et plusieurs de ses tableaux au musée d’Orsay.

Pour aller plus loin :

L’émission de France Culture qui m’a fait découvrir Yvonne Verdier.

-L’ethnologue s’est aussi penchée sur le conte du Petit Chaperon rouge dans la culture populaire, ici.

-Une recension d’un roman aveyronnais qui aborde le même univers féminin rural, et qui semble passionnant, ici, chez femmes de lettres.

Compte rendu de l’atelier santé n°2, organisé par Garçes : le « self-help »

[ Pour assister à ces ateliers, se déroulant sur Paris voici : La page Facebook. Il faut s’inscrire pour y assister, une garde d’enfants gratuite est proposée, et l’accessibilité est possible pour les personnes en fauteuil]

  Jeudi dernier j’ai assisté à un atelier, organisé par Garçes de Science Po, et qui concernait la notion de self-help, ou auto-gynécologie. Ces pratiques consistent à se réapproprier un savoir médical qui concerne nos corps, savoir qui nous a été enlevé et caché lors de plusieurs événements historiques : la chasse aux sorcières aux XVIème et XVIIème siècles, et à la même époque, la naissance du corps professionnel des médecins.

    penny-dreadful-saison-2-vanessa-ives-eva

Penny Dreadful, saison 2, montre le passé de sorcière de Vanessa Ives.

  Au Moyen-Âge, qui n’est pas l’univers obscur et barbare que l’on nous décrit, depuis les Lumières, et ce pour des raisons éminemment politiques, j’y reviendrai, des femmes du peuple avaient un savoir empirique du corps. Ces femmes, ces êtres qui brouillaient parfois les genres, étaient notamment celles que l’on nomme sorcières. Liées à la terre, connaissant les plantes et leurs vertus, elles officiaient dans la communauté, en faisant les morts, et les naissances. Accoucheuses, avorteuses, guérisseuses, empoisonneuses,aussi, elles étaient une force d’opposition à la société à venir. Cette société, était celle qui vit la naissance de l’État moderne, lequel main dans la main avec le goupillon, l’Église, a déclaré une guerre sans merci au peuple, sur lequel ils peinaient à exercer leur pouvoir. En effet, plusieurs mouvements de révoltes ont pu faire trembler les puissants. Alors, en s’associant à la bourgeoisie des villes, l’État moderne a attaqué la solidarité du troisième ordre, les laboratores, les travailleurs : tout d’abord en s’opposant à la pratique des communaux, des terres partagées, ensuite en légalisant le viol des femmes du peuple, enfin en créant un monstre, une figure féminine de la Peur : la sorcière, fiancée de Satan. Dans leurs prédations coloniales, là aussi, la même stratégie : faire des femmes des ennemies, des monstres, pour briser les peuples et leur force d’unité; et ainsi détruire des pans entiers de cultures. Depuis, la sorcellerie, sous toutes ces formes, est devenue la religion des opprimé-e-s. *

   Ainsi, le savoir des sorcières rendu suspect, il fut remplacé par des médecins, n’ayant étudié que dans des livres, se basant sur des théories fantasques, bien éloignées des réalités du corps. C’est le médecin de Molière, celui qui tue, qui écrase de son savoir, qui, rejetant le savoir empirique des sorcières, a été à l’origine d’un recul considérable sur les connaissances du corps, notamment féminin. Malgré tout, certains savoirs, ont résisté, ont été conservés, transmis, et survivent jusqu’à nous, revivent même. Et c’est le cas de cette grande épopée féministe que fut celle du Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et la Contraception (M.L.A.C) d’Aix-en-Provence des années 70.

17352038_764162317081032_5880046502591527446_n

Photogramme du film, Regarde elle a les yeux grand ouverts

  Ce film, puissant et inédit dans les représentations du corps des femmes, nous présente la lutte d’un groupe de militant-e-s, après la loi Veil de 1975. On y voit leur procès, leurs soutiens, des accouchements, des avortements, de la tendresse, des vulves, des cols de l’utérus.

  Une discussion a suivi le visionnage, des témoignages de personnes qui ont accouché, qui vont accoucher, ont répondu aux interrogations de celles qui étaient nullipares. On a accueilli la colère de celles qui étaient allées accoucher pour leur première fois, confiantes, qui en sont revenues charcutées. Celles qui avaient l’impression qu’on leur avait volé leur accouchement, parce que même sans boucherie, on vous demande de rester passive. Celles qui donc veulent changer cela : accoucher à domicile, dénoncer les violences, briser le silence. Lorsqu’une des personnes nullipare a demandé en quoi consistaient les cours de préparation à l’accouchement, en-dehors de femmes sur de gros ballons, on a fini par conclure que dans beaucoup de maternités c’était un conditionnement à être docile le jour de l’accouchement. On a parlé des projets de naissance pas respectés, de l’épisiotomie, de tous les fils attachés à votre corps qui limitent vos mouvements. Du problème du choix de son accouchement en France, mais surtout pour les grossesses pathologiques, pour qui la lutte pour le respect et le consentement sera plus dure encore. On a évoqué, enfin, d’autres horizons déjà présentes ou futurs : les sages-femmes qui accompagnent à domicile, qui offrent d’autres préparations à l’accouchement qui ne reposeraient pas sur la peur, de nouveaux MLAC qui redonneraient une maîtrise de nos corps. Merci aux organisatrices de Garçes pour cette rencontre.

 

Pour aller plus loin :

-Le film, téléchargeable ici

-Un document précieux d’autodéfense gynécologique ici

-Une liste de gynécologues,aux pratiques plus respectueuses

-Un article sur le mouvement GynePunk

-La version française de ce mouvement : avec Poussy Drama, et un groupe « DIY GYNÉCO&CO » inclusif trans et non binaire sur Facebook pour de l’auto-gynéco.

-Les éditions Mamamelis proposent des ouvrages sur la santé des femmes.

-Dans le mouvement Vulva Sapiens, un site en espagnol, regroupant des ressources sur un savoir autonome du corps.

*Je résume ici, très grossièrement, les travaux de Silvia Federici, dans Caliban et la Sorcière. Ou encore Sorcières, sages-femmes & infirmières de Barbara Ehrenreich et Deirdre English.

 

Violette Leduc, la marginilité dans l’écriture.

A l’occasion de la Queer Week qui finit samedi, je voulais parler de cette trop peu connue autrice française, Violette Leduc, à travers trois de ses livres. Celle qui fut l’amie de Simone de Beauvoir et de Jean Genet, parce qu’elle rassemblait dans son identité toutes les figures marginales, n’a pas connu la postérité de ses contemporains. Violette, est née bâtarde, de pauvre condition, sans avoir pu faire d’études supérieures, bisexuelle assumée, maniaco-dépressive, avortée : elle a mauvais genre. Et d’ailleurs elle instille un « trouble dans le genre », pour le dire avec Judith Butler, en revendiquant des attributs masculins : la jouissance avec les femmes et l’écriture. C’est enfin une féministe empirique, sans théorie.

violette-leduc-001

Son autofiction, Thérèse et Isabelle, qui est une partie censurée à la publication en 1956 de Ravages, en même temps que son récit d’avortement, a été finalement dévoilée en 1966. Ce récit à l’érotique saisissante évoque l’année 1924 où, en pension à Douai, Violette, de son premier nom Thérèse, rencontra Isabelle. Le roman commence leur relation avec une animosité réciproque qui s’apaisera en une sensualité fusionnelle  qui sera consacrée par l’étonnement de l’amour. Son érotisme rappelle celui du Genet de Notre-Dame-des-fleurs. Isabelle apparaît comme une initiatrice, parfois brutale, et Thérèse prend en charge la narration de la fuite du désir sans cesse réanimé, de la proximité entre Éros et Thanatos:

Le doigt sortit d’un nuage, entra dans un autre. Mon ardeur gagna Isabelle, un soleil fou tournoya dans ma chair. Le corps d’Isabelle gravit tel un calvaire sur mon dos. Je fus tendue de gris. Mes jambes faiblirent dans leur paradis. Mes mollets désaltérés mûrissaient. J’étais amollie jusqu’à ineffable pourriture, je ne finissais plus de m’effondrer de félicité en félicité dans ma poussière.

leonor-fini-peintures-dessins-1965-merveilles-de-la-nature3

Les Merveilles de la Nature, Léonor Fini, encre de chine, 1965.

Une autre figure marginale, celle de la vieille fille, cesse d’être l’objet de railleries comme la Rose de Balzac, pour devenir un sujet, Clarisse, le personnage de La Vieille fille et le mort, parut en 1958. Cette femme, de cinquante-quatre ans, qui a toujours refusé de prendre mari, découvre un homme venu exhaler son dernier souffle dans son café, qui fait aussi épicerie et mercerie. Ce trépassé, offre son altérité vulnérable à la solitude de Clarisse, elle va apprêter sa dépouille, thanatopraxie amoureuse, et le garder secret. Elle si diligente, ne peut plus souffrir les interruptions du commis soûl, ou de l’enfant qui partage pourtant sa solitude avec une tendresse effarouchée.

Si elle l’emmenait dans une roulotte…Un voyage au pas avec le mort qui fait son métier de mort, c’est cela le voyage de noces de Clarisse. Un voyage en roulotte, c’est une barcarolle. Les routes ne veulent pas. Ce soir, toutes les routes sont entre elles. N’importe. Il est venu. Le glas de Charrière était bon prophète. Si elle allumait…Elle le reverra, il lui donnera quelque chose.

Après ce dévoiement de la jeune fille et la mort, Violette Leduc, en 1969,  va faire vivre la subjectivité d’une autre vieille femme, clocharde, celle de La Femme au petit renard. C’est dans ce roman que l’on trouve une écriture particulièrement capricante et qui rappelle la fragmentation du réel chez Claude Simon, dont elle est la contemporaine. Ses errances dans un Paris qui la méprise, la faim qui l’enserre, quelques meubles pour seuls compagnons, et ce renard, ou plutôt sa dépouille, privilège de la bourgeoisie. Comme toujours l’autrice n’édulcore pas, elle offre à ras du réel, la violence des petites vies. Ce qui est rejeté, comme ce renard, la laideur des démunis, est choyée par Violette Leduc. Celle qui, de par ses identités était jugée elle, y compris par elle-même, à cependant anoblit ces figures de la laideur : vieille fille, clocharde, lesbienne, folle. A ce propos je vous renvoie au live de Claudine Sagaert, Histoire de la laideur féminine.

Hurler qu’elle ne peut pas recommencer sa vie ne servirait à rien. La jeune fille à l’intérieur du pressing ne lève pas la tête : elle enferme des cadavres dans des machines, elle transforme des morts flasques avec son fer à repasser.

Violette_Leduc

Pour aller plus loin, un site consacré à cette grande autrice. Et une conférence à écouter sur France Culture. Un biopic, datant de 2013 et réalisé par Martin Provost, a retracé sa vie. Je ne l’ai pas vu donc je ne sais pas s’il est de bonne tenue.

 

 

Retour sur le sabbat queer à l’occasion de la Queer Week, à la Colonie.

  Je commence par une annonce :  je tiendrai une table pour l’association Polyvalence  et ses fanzines pour la journée de clôture de la Queer Week, samedi, de 13h à 18h, à la Colonie, 128 rue La Fayette, Paris 10. Ce sera une fanzine party et des conventions tatouages queersl’événement facebook

  Pour sa huitième édition, la Queer Week de 2017 a pour thématique : trajectoires, et pour marraine, Hélène Hazera, la chroniqueuse de Chanson Boum! sur France Culture.  J’ai donc assisté aux projections en ouverture de cette journée sorcière, à la table-ronde sur la réappropriation de la figure de la Sorcière et à la lecture de Chloé Delaume.

  Je suis arrivée au milieu du film d’Aj Dirtystein intitulé Pagan variations. Le film introduit chaque personnage, répondant allégorique d’une lame de tarot, par le tirage de celle-ci par une cartomancienne. On y croise plusieurs figures, plus ou moins surprenantes : l’esthétique y est assez convenue. Des corps féminins qui répondent aux critères de beauté actuels (exception faite de deux femmes noires représentant la Justice et une amazone du cancer) rencontrent des esthétiques moins admises : un nain, des personnages queers. L’esthétique fétichiste est très présente, et l’orgie qui clôture le film aurait satisfait aux imaginations de Pierre de Lancre, démonologue français du XVIIème siècle. Certains choix symboliques m’ont parus étonnants, la Papesse, Vénus anadyomène, bien moins osée que celle du poème de Rimbaud du même nom, avait une plastique parfaite et entretenait une relation sensuelle avec un poisson mort. Je ne sais pas si c’est une profanation du symbole christique, mais ma sensibilité antispéciste a été révoltée par cette séquence. J’ai donc été plutôt sceptique quant à la portée éthique du film, l’esthétique étant assez évidente et convenue s’agissant des images contemporaines de la sorcière.

14481904_1423916397624973_4392843480142857398_o

Tournage, L’Impératrice, avec Aurélie Cheneau, 2016

  Venaient ensuite deux courts métrages de Camille Ducellier : un premier portrait de la série Salvia, Sorcière queer, un couple trans bicéphale qui œuvre à la destruction de l’hétéro-patriarcat et qui défend l’idée du renoncement comme privation matérielle suivie d’un retour spirituel. Puis, un film datant de 2010, Sorcières, mes soeurs! (qui me rappelle  la bande dessinée de Chantal Montellier du même titre), où l’on voit et entend Chloé Delaume, Thérèse Clerc, une personne-création-dominatrice, et le collectif Urban Porn. Je suis repartie avec plusieurs mots : ceux de Chloé Delaume qui milite pour un sort de clairvoyance, « celui qui fait tomber les cils »; ceux de cette dominatrice qui en marquant son propre corps au fer rouge se le réapproprie et inverse la torture inquisitoriale dans son donjon SM; ceux de Thérèse Clerc, fondatrice de la maison des Babayagas à Montreuil et récemment disparue, se masturbant face à la caméra, déclare vouloir « tout le gâteau et en changer la recette »; enfin la subversive réappropriation de Jeanne d’Arc par Urban Porn.    Le tirage du tarot d’une sorcière californienne,Little Shiva,  dans le neige, était, selon moi, une image plus fidèle de la sorcière, débarrassée du folklore esthétisant du film d’Aj Dirtystein, en somme : plus proche d’Esmé Ciredutemps de T.Pratchett.

14702236_202492136844768_5173079234532761315_n

Sorcière Queer, 12mn, HD, 2016

  La table-ronde a été l’occasion pour Isabelle Cambourakis, créatrice de la collection « Sorcières », de nous proposer un tour d’horizon de la réappropriation de la figure de la sorcière par le féminisme de la deuxième vague. Ont été évoqués : le collectif Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell ( W.I.T.C.H) de 1969, L’Heure des sorcières d’Anna Colon,  la revue littéraire française Sorcières, dont le numéro 25, La Monstre a été sorti par un collectif franco-belge cette année.

serveimage

  Camille Ducellier, qui nous avait déjà présenté ses films, nous a raconté son expérience à San Francisco où elle a participé à des ateliers et rituels wiccans, dont Starhawk est la figure la plus connue. Elle a rappelé la défiance qu’a le féminisme français envers la spiritualité, notamment ésotérique, ce que je déplore également. Elle a conclu sur la nécessité de se défaire de nos pratiques militantes françaises exclusivement verbales, et à apprendre à se taire et passer par une autre communication.

  L’artiste plasticienne Lily Hook nous a parlé de son rapport complexe à l’identité, au rôle de la spiritualisé ésotérique dans la conciliation de ses identités multiples : queer, diasporiste, maronite. Elle a évoqué l’héritage familial religieux et ses paradoxes : une mère chrétienne mais qui use de rituels hétérodoxes pour se protéger du mauvais oeil, l’3in, ou des djinns. Elle a partagé avec nous, de manière sensible et intelligente, ses interrogations et ses difficultés à trouver sa place dans ce monde. Comment trouver sa place dans une langue—arabe—qui n’a pas de mots pour ce que vous êtes, queer? Comment aussi avoir une pratique post-coloniale de la sorcellerie, en évitant toute appropriation culturelle? Comment, se recharger, retrouver son énergie, prendre soin de soi, au milieu du tourbillon militant et des luttes pour la reconnaissance de son identité?

websmall_inkmap-5_750

A map in black ink par Lily Hook.

  Enfin, Chloé Delaume nous a lu deux extraits de son roman parut en 2016, Les Sorcières de la république, dont je vous recommande la lecture. En  voici une recension par l’admirable blog Femmes de Lettres pour vous faire une idée plus précise. Ce livre a osé renverser l’ordre établi patriarcal, que j’ai vécu, à sa lecture, comme une apocalypse, id est, une révélation. Oui, lire le récit d’une prise de pouvoir par des sorcières féministes a été jouissif. Oui c’est une fiction qui fait mention d’actes violents et misandres. Mais il en fallait des gonades pour réaliser ce que craignent les masculinistes et faux alliés féministes de tous poils! D’autant plus que l’écriture n’est pas dénuée d’humour. Quoiqu’il en soit je tonne contre les critiques et accusations éhontées qu’a dû essuyer l’autrice. Oui, c’est violent, cela vous met mal à l’aise, vous fait peur? Regardez un peu du côté des féminicides, ici c’est une fiction. Quant au rapprochement d’un de ses personnages avec Marine Le Pen c’est à se demander si les gens connaissent l’éthique de Chloé Delaume et celle de La Peine.

20170316_153621

J’ai eu l’honneur d’avoir sa dédicace, chaleureuse et qui me portera!

 

 

Colloque consacré à l’oeuvre de Vénus Khoury-Ghata.

Hier, le 10mars, se tenait un colloque consacré à l’œuvre de Vénus Khoury-Ghata, organisé par Francesca Tumia de la Sorbonne Nouvelle-Paris III, qui fut ma faculté au temps de mon master Recherches.

N’ayant assisté qu’à la première session de ce vaste programme, je ne suis pas en mesure d’en faire un compte-rendu exhaustif. Aussi, voici le programme de la journée, laquelle a manifestement été filmée, j’éditerai donc ce post lorsque la vidéo sera en ligne.

a-venus-khoury

Vénus Khoury-Ghata a lu « Les Obscurcis », dédié à Claude Esteban et composé parce que demandé par Pierre Brunel, ami et préfacier de la romancière et poétesse. Cette lecture était rythmée par le tic-tac arbitraire de l’horloge dorée de cette salle de l’hôtel de Lauzun, sur l’île Saint-Louis, et par sa voix faite de rocailles et d’exil de sa propre prose.

Cette journée était une occasion de reconnaissance de l’importance de son œuvre pour les lettres françaises. Les intervenant-e-s ont donc eu un regard qui embrassait la totalité de son œuvre, mais pour l’autrice ce passé de soi n’est plus en accord avec ce qu’elle attend de l’écriture et « pue aucunement à l’étranger » comme le disait Montaigne de ses premiers Essais. Elle s’en explique par son abandon de la métaphore et de l’adjectif, décision impérieuse et récente. Ce qui va de pair pour elle avec un éloignement de la langue arabe, qu’elle qualifie de trop métaphorique, par opposition à la langue française capable de simplicité. Aussi refuse-t-elle désormais qu’on la traduise dans cette langue, par soucis de fidélité à son écriture.

Ce refus revendiqué m’a conduit à formuler une hypothèse personnelle concernant ce refus. Originellement, son écriture part d’un acte mémoriel : prendre la place du frère, emprisonné, déjà poète, Victor. Elle, cryptophore, elle, béance, peut-être vit-elle enfin pour elle-même. Peut-être que ce truchement de la métaphore avec les pierres acérées du chagrin et de la douleur du souvenir n’est plus nécessaire. Peut-être enfin, que la guérison doit advenir dans un autre lieu dont elle continue la quête élancée. S’éloigner de sa langue maternelle, embrasser le réel avec immédiateté, voir que l’altérité des mots, de soi, du monde, est ailleurs. C’est ce que semble dessiner le futur de son écriture.

Je ferai une recension de ses écrits plus récents, donc, pour l’accompagner, à ma mesure.

20170310_224515

J’ai rassemblé tout mon courage pour donner mes humbles mots et remerciements à cette grande autrice, qui les a accueillis avec une grande et rare délicatesse, accompagnée de cette dédicace que je vais chérir.

Pour l’écouter, dans cette émission de France Culture datant de 2012.

Ressources sur le consentement

EDIT DU 07/03: La conférence des Culottées du bocal est annulée au profit d’un débat non directif sur le consentement. La date sera le 25 mars prochain au Bastillon, à 20h.

Voici quelques ressources sur la notion de consentement, notamment dans les relations sexuelles :

-Le site des Culottées du bocal qui ont déjà fait plusieurs conférences sur ce sujet. Le concept de conférence gesticulée s’inscrit dans le cadre de l’éducation populaire et permet une diffusion élargie s’adressant à tous types de publics, y compris des enfants. Leur présence sur scène est rafraîchissante et drôle, les savoirs diffusés rigoureux et leur travail en perpétuel perfectionnement.

Leurs dates à venir :

  • le 25 mars : conférence gesticulée à 20h à Paris, au Bastillon (75012)
  • les 10 et 11 mars : conférence gesticulée à 21h à la salle des fêtes du Grand-Mas à Mouret (12) puis atelier à 16h au Guingois, place de l’église à Mercillac.

– Sur info-kiosques a été traduit un fanzine sur le consentement, Learning Good Consent, dont voici le lien, ainsi que  la suite.

-Également, sur le même site une brochure sur le consentement dans le milieu gay.

-Un article d’analyse de Crêpe Georgette sur le sujet dans les relations hétérosexuelles : Qu’est-ce que le consentement féminin dans l’hétérosexualité ?

-La chaîne youtube de Laci Green, qui est hautement recommandable pour son approche positive du sexe, a fait cette vidéo sur le sujet, en anglais : https://www.youtube.com/watch?v=TD2EooMhqRI

-Cette vidéo qui a été souvent relayée explique simplement ce qu’est le consentement avec une simple tasse de thé : Tea Consent

-Enfin, un document PDF, sous forme de fanzine, en français : non-cest-non